Témoignage d'Annliz Bonin, adhérente FFPMI Normandie

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Témoignage d'Annliz Bonin, adhérente FFPMI Normandie

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Nous donnons aujourd'hui la parole à Annliz, adhérente à la FFPMI qui a eu la gentillesse de partager en toute transparence son expérience et son ressenti au sein du syndicat.
Je m’appelle Annliz et je suis adhérente à la FFPMI depuis 4 ans. Lors des premières réunions auxquelles j’ai participé, j’étais tout au fond de la salle, et je n’étais pas très rassurée, pas très sûre d’être à ma place, et plutôt impressionnée. Vu de ma porte, tous les gens présents dans l’assemblée étaient des professionnels chevronnés qui allaient vite se rendre compte que je n’avais rien à faire ici (je fais une petite dédicace, au passage, au syndrome de l’imposteur, que nous connaissons tous).
A l’époque je faisais un tout petit CA. Je travaillais en home-studio dans une dépendance de ma maison et je ne comptais pas mes heures. La principale source d’engueulade au sein de mon couple était justement le temps que je passais dans mon studio, au détriment de ma vie de famille. Je suis venue à ces réunions principalement parce que je me sentais seule, et aussi parce qu’inconsciemment il y avait quelque chose qui me disait que si je continuais comme ça, j’allais m’épuiser et ne pas faire ce travail très longtemps. Or ce travail, je l’aimais. Alors j’ai adhéré.

La première année, j’ai tout fait. TOUT. Les formations, les visites de studios, les rencontres, tout. Dès que c’était possible, je ne me posais même pas la question, je m’inscrivais. Et petit à petit, je me suis mise à changer. Je me souviens d’une formation qui a été décisive, c’était les Fondamentaux en Novembre 2018. Je suis rentrée chez moi le premier soir, la tête farcie d’infos, je suis allée dans mon minuscule home-studio de 22 m2 et je me suis souvenue de ce qu’avait dit le formateur le matin même : « Quittez votre home-studio. On ne fait pas carrière chez soi. Prenez des risques, payez un loyer, vous verrez ». J’ai regardé mon petit studio et je me suis dit « ok… mais c’est trop tôt… » 7 mois après, je signais le bail du local où j’exerce actuellement. Je pourrais vous dire qu’avoir un local a tout changé, mais en fait c’est tout qui changeait rapidement : à chaque formation je gagnais techniquement et mes photos étaient meilleures. Plus j’échangeais avec mes collègues, plus je prenais conscience de la valeur de mon travail et plus mes tarifs devenaient cohérents. Plus je progressais, plus je devenais critique avec mes propres images, et plus j’essayais de les améliorer.

Le covid est arrivé, et heureusement qu’il y a eu la FFPMI pour ne pas se sentir trop isolé. D’ailleurs beaucoup se sont inscrits à ce moment-là, et c‘est très bien, car nous sommes de plus en plus nombreux et qu’on est plus forts comme ça. Malgré les trois mois et demi de fermeture administrative cumulés en 2020, cette année-là a été plutôt faste. Comme je ne pouvais plus tout faire toute seule, j’ai embauché Sylvia, mon assistante, en septembre 2020. Pour ma comptable c’était risqué d’embaucher sur cette année particulière, mais j’ai bien fait : ce que Sylvia m’a dégagé comme temps de prise de vue, ajouté au fait qu’elle est une excellente vendeuse, ramène à mon entreprise plus que ce que me coûte son salaire.

Arrive 2021, et plusieurs personnes du groupement me poussent à m’inscrire au PDF. Pour Sylvia, ma précieuse collaboratrice, ça ne fait pas un pli non plus : il faut que je m’inscrive, un point c’est tout. Alors je m’inscris, même si c’est une folie car la dead-line du concours tombe en même temps que mon déménagement. Je passe 4 mois dans les cartons, à penser photo, à manger photo, à rêver photo. Nous passons des heures au téléphone avec des collègues à disséquer nos images. En octobre, je fais partie du « bus-congrès » organisé par la FFPMI Normandie, avec Sylvia. Le soir des résultats, quand on appelle mon nom, j’ai les jambes qui tremblent et Sylvia pleure toutes les larmes de son corps. On l’a eu. C’est toujours ça de pris pour faire taire le syndrome de l’imposteur. Je me sentirai toujours toute petite face à certains collègues, mais au moins j’ai cette reconnaissance de la profession, et pour une autodidacte, c’est très très important. Alors ne croyez pas que je vous raconte ça comme une sorte de success story, parce que ça ne s’est pas fait tout seul. S’il suffisait d’adhérer, ça se saurait. J’ai beaucoup écouté, j’ai beaucoup travaillé. Mais ce que je peux dire vraiment, c’est qu’il y a un avant et un après FFPMI. Avant d’adhérer, quand je parlais des collègues, je disais « mes concurrents ». Maintenant je dis « mes confrères ». Avant, j’avais peur quand je voyais le nombre de photographes dans ma ville. Je me disais « on est trop nombreux… je ne vais jamais m’en sortir ». Maintenant je n’ai plus peur. Je n’ai tellement plus peur que quand j’envoie une cliente chez un confrère pour une séance grossesse, parce que je suis complète, et bien elle revient chez moi pour la naissance. Avant, j’étais tellement peu sûre de moi que quand on critiquait mes photos, j’avais l’impression qu’on m’arrachait le coeur. Maintenant je ne demande que ça.

Quand on est photographe on met beaucoup de soi dans ses images. Accepter la critique, dans un premier temps c’est dur. Mais quand la critique est bienveillante et constructive, ça fait grandir. Quand j’ai adhéré la première année, c’était un vrai investissement, parce que je ne faisais pas le chiffre d’affaires d’aujourd’hui. Je l’ai fait à une époque où 200 euros en moins sur le compte faisaient une vraie différence. Vous savez quoi ? Ce sont les 200 et quelques euros les mieux investis de ma vie ! Parce que j’ai rencontré des gens, là où je me sentais seule. Parce que j’ai pu avoir des retours d’expérience de gens comme moi, parce que j’ai fait des formations, et surtout, parce que j’ai arrêté de dire « oui, mais… » Alors rangez vos « oui mais », et venez discuter avec des personnes qui ont les mêmes enjeux que vous. Vous verrez, ça fait du bien.